Et je ne sais pas pourquoi

CATH écrit aussi parfois. Elle écrit sur sa douleur de n’être jamais celle qu’on préfère. Elle écrit parce qu’elle n’oserait jamais dire qu’elle se sent vulnérable, qu’elle est fragile. Elle ne trahirait pas se inconsistances, ses contradictions devant cet homme qu’elle aime sans se l’avouer. Cet homme qu’elle ne peut pas aimer. Cet homme qui n’est qu’une image de tous ces hommes qui ne l’aiment pas. C’est son cri: Aimez-moi, n’importe qui. Un cri qu’elle voudrait faire entendre à cet homme, même si ce n’est pas celui qu’elle choisirait. C’est celui qui est là et celui à qui elle fait porter la responsabilité de l’aimer. Parce qu’il faut bien, qu’une fois, quelqu’un l’aime, cette pauvre CATH toute sauvage.  

Je suis sur toi. Au milieu de la nuit. Il a fallu que je te tire de du sommeil pour t’avoir un peu.

Je suis sur toi et je me donne du plaisir avec ton membre dur. Érigé par moi.

Mais il ne bat pas pour moi.

Tu ne m’aimes pas.

Je vais et je viens, je m’empale sur ta tour d’ivoire, précieuse et secrète. Je sens ma peau qui s’arrache à la tienne chaque fois que je remonte. Et je retombe sur toi. Ma peau se fusionne à la tienne, encore. Encore. Encore.

Mais inlassablement, je te repousse. Je remonte et je me déchire à ta peau. Je me défais de toi.

Tu ne m’aimes pas. Sais-tu que je ne suis déjà plus là?

Et je ne sais pas pourquoi tu me rappelles toujours. Je ne suis pas dupe. Tu sais m’oublier quand tu n’as pas besoin de moi. Mais tu me rappelles toujours. Tu me retiens, même si tu n’as plus envie de moi. On est un vieux couple et tu ne m’aimes pas. Il reste quoi? Déjà plus rien. Mais tu me rappelles toujours.

Tu ne m’aimes pas. Alors ne m’aime pas. Ne fais pas semblant. Et, surtout, ne dis rien tout bas quand je n’écoute pas.

On ne m’aime pas. Je ne suis pas de ces femmes qu’on choisit. Je ne suis pas de ces femmes pour qui on s’enflamme et je ne sais pas pourquoi. Il y a eu des hommes, oui, que j’ai ensorcelés. Ils ont dit cela, que je les avais ensorcelés. On m’a dit souvent que j’étais extraordinaire. Je ne veux plus. Il y a toujours un mais. Je ne suis pas extraordinaire-mais. Je suis moi, charmante, unique, moi, une femme d’exception et plus rien en bas de ça.

Sais-tu que tu as besoin de moi pour l’aimer elle. Tu me l’as dit. En d’autres mots, mais tu l’as dit. Juste elle, tu t’ennuierais. Il te manquerais quelque chose. Et je ne te sers qu’à en aimer d’autres, qu’à maintenir ton équilibre. C’est le bon équilibre, n’est-ce pas? Oui. Pour toi. Je te sers. Tu te sers de moi. Et moi, tu ne m’aimes pas. Et je ne sais pas pourquoi.

Je sais. Je me sers de toi aussi. En ce moment, bien assise sur ta fourche pendant que tu me regardes les yeux endormis, mais pleins d’étincelles de désir. Un désir endormi. Je me sers de toi. Ce n’est pas tout à fait ça. Je te cherche. Je voudrais te rendre fou de moi. Réveiller chaque parcelle de ta peau. Mais tu t’ennuies. Tu m’as trop vue et tu ne sais plus me découvrir. Tu n’as jamais vraiment essayé de me découvrir, il faut dire. Alors je me sers de toi pour te reconquérir. C’est idiot. Je veux que tu meures de mon départ. Que ton corps s’assèche de ne plus s’abreuver au mien. Et c’est idiot.

Le sais-tu que tu m’as déjà perdue? Que je suis déjà loin? Que chaque fois qu’on se voit, que tu m’enfonces ton arme secrète dans le ventre comme un couteau, tu me perces, me blesses? Tu ne le sais pas. Tu ne le sauras pas. Est-ce que seulement ça t’importe? Ne suis-je pas que jeu et matière à pétrir pour toi? Je suis une pâte à modeler entre tes mains qui me forment à coup de chaleur et de bonjours. Je fonds, mais me refroidis, chaque fois, très vite.

Je ne suis pas dupe. Ni accro. Le sais-tu que je suis déjà partie? Que je ne fais que manger les miettes, que lécher l’assiette vide pour en saisir les derniers plaisirs?

Tu ne veux pas que je parte. Tu veux me garder. Me tenir du bout des doigts.

Tu as peur de nous perdre toutes les deux. Tu m’as déjà perdue. Comme j’espère qu’elle te quittera aussi. Que tu nous perdes. Et qu’elle ne gagne pas.

Je ne veux pas vous laisser seuls.

Je me console. Tu la quitteras. Si je pars, tu te lasseras d’elle aussi. Elle seule ne peut maintenir ton équilibre. Tu la verras plus souvent. Tu croiras même que vous pouvez être en couple, ouvert. Puis tu te lasseras comme on se lasse d’un jouet qu’on croit connaître trop. Tu es comme ça. Un homme de superficie. Qui craint de plonger en profondeur. Tu reste en surface et c’est décevant. Quand on est intelligent, on a la responsabilité de se montrer à la hauteur. Tu ne t’engages pas. Est-ce vraiment ce que tu veux montrer à tes enfants, qu’on a le droit d’être complètement désengagé de toutes ces femmes qu’on met dans notre lit? Qu’on peut jouer avec un humain comme avec un objet qu’on jettera lâchement?

Je ne veux pas te perdre.

Je veux te quitter. Que tu en souffres. Que tu me cherches dans tes draps. Et pourtant, je ne peux pas m’empêcher de te dire oui quand tu me rappelles. Et tu me rappelles toujours. Et je joue le jeu parce que j’aimerais y croire.

Je veux que tu me gardes contre toi, encore. Encore. Encore. Et je rêve, la nuit, que je te quitte. J’y pense le jour, aussi. Toujours, tout le temps.

On joue, d’accord? On joue que je te quitte et que tu fais tout pour me garder. On joue que tu es amoureux fou. Tu n’as pas le droit de te détourner de moi. C’est moi qui te quitte. Moi qui te fais mal. Juste moi. On joue, d’accord?

Mais tu ne te pointeras pas devant chez moi, les yeux pleins d’eaux. Tu ne chuchoteras pas dans mon cou : Reste, reste encore. J’aimerais que tu ne me laisses pas partir. Que tu t’obsèdes de moi. Que tu me veuilles à ton bras. Je veux que tu m’aimes un peu.

Et je ne sais pas pourquoi tu ne le feras pas.

Tu ne le feras pas et je ne sais pas pourquoi.

Je ne sais pas aimer

Cath a reçu un diagnostic de trouble de la personnalité limite (j’écrirai cette scène plus tard). Elle apprend à jongler avec ce diagnostic qu’elle ne comprend pas, qu’elle n’assimile pas. En même temps, ce que le médecin lui a expliqué réveille des sentiments connus en elle. Évidemment, comme elle se place toujours dans des relations qui ne peuvent pas lui donner ce dont elle a besoin, les inconforts s’accumulent. Je suis en train de l’acculer au pied du mur. Elle n’aura plus le choix de changer. Elle a couru trop longtemps pour ne pas tomber. J’aimerais serrer Cath dans mes bras, parfois. Ce soir, je le fais. Comme d’habitude, ce texte est un premier jet. Il faudra le peaufiner…

Je pleure.

Je m’enfonce et je pleure.

Des vérités qui me sont forcées en bouche. On me fait dire des choses. On m’impose des perceptions de moi qui ne me vont pas.

Je me découvre dans l’œil de l’autre et je pleure. On m’enfonce. Je croule sous les regards mauvais. Aimant, peut-être, mais mauvais.

Je n’arrive pas à être aimée. À être aimée en premier. À être la plus importante dans la vie de quelqu’un.

Je n’arrive pas à aimer. Je mets les autres en premier. Je les rends importants, ils les plus importants dans ma vie.

On m’a dit que je devais arrêter d’être forte tout le temps, que je devais accepter et montrer ma vulnérabilité.

Je l’ai fait.

On m’a dit que je devais arrêter de prêter le flanc. De mettre ma fragilité entre les mains des gens. Parce que les gens sont comme ça. Tu leur donne un cœur qui bat, ils l’écrasent juste pour voir.

Je ne sais plus comment faire.

Je ne sais pas comment être aimable.

On me dit que j’ai un trouble de la personnalité. Je ne veux pas. Je ne veux pas être vue comme ça. Je me fâche. En douceur pour ne pas donner raison.

Je suis blessée. Triste. J’essaie de me reconstruire. Je n’arrive plus à me définir. Évidemment que je suis attentive à ce qu’on dit à mon sujet. Au regard des autres. Comment faire autrement quand on a perdu nos repères?

On me demande d’être une femme en contrôle, qui sait où elle s’en va. Je le suis, même si mon chemin est encore incertain. J’y vais, même si je ne sais pas comment me rendre. Je suis en mouvement. Toujours en mouvement.

On m’a aimée. Je le sais. Mais je n’ai pas aimé en retour. Difficile de constater que c’est moi qui ai tort. Difficile d’avouer que je le sais.

Je m’attache. Je voudrais être de pierre et n’éprouver rien pour les gens. Mais j’aime les gens. Je les aime tellement. Tous. Je finis souvent même par aimer mes ennemis. Alors je ne peux plus leur en vouloir parce que j’ai compris. J’ai compris comme ils peuvent penser. Comme ils peuvent avoir agi avec les moyens du bord. J’agis souvent avec les moyens du bord.

Il y a un torrent de colère qui déferle en moi. Je hais les gens qui font mal parce qu’ils le peuvent. Les gens qui abusent des poupées de porcelaine parce qu’ils sont forts, parce qu’elles sont douces et fragiles. On devrait prendre soin des poupées de porcelaine, même quand elles sont des épines et qu’elles se débattent, une agitation digne de l’exorcisme.

Je me débats. Je me débats parce que j’ai mal et que je ne sais plus quoi faire pour être aimée. J’ai essayé ce que tout le monde fait: aimer par le cul, être sexy, être cochonne, dépasser mes limites. J’ai essayé de faire ma « hard to get ». Rien de ça ne me semble honnête, vrai. On me dit que je dois jouer pour gagner à la séduction. Je n’ai jamais aimé me déguiser. Et comment me faire respecter quand mes colères sont un symptôme de mon trouble de la personnalité et non un comportement normal quand on m’a blessée ou qu’on va trop loin?

Je voudrais qu’on prenne soin de moi, mais on m’a dit que ce n’était pas sexy. Alors je joue les fortes et je flanche au premier regard de travers. Je flanche, je crie et je pleure.

Je pleure.

Je ne sais pas aimer.

Polyamoureux ou célibataire?

Cath réfléchit.

J’ai du mal à concevoir une personne qui se dit polyamoureuse, mais qui n’a aucune relation amoureuse comme étant autre chose qu’un célibataire. Un polyamoureux doit, par définition il me semble, être amoureux. Amoureux, ça implique un engagement, non? Je le crois. Je continue à croire, même si j’ai expérimenté plein de choses, que ce qui sépare l’amant de l’amoureux, c’est l’engagement qu’on prend à approfondir la relation, à accepter tout ce que l’autre est. C’est surtout ça: accepter tout ce que l’autre est, et l’aimer même si c’est difficile, même s’il y a des déceptions, travailler à approfondir notre connaissance de soi et de l’autre à deux, approfondir notre amour l’un pour l’autre. N’est-ce pas l’engagement que nous prenons lorsque nous sommes amoureux?

Et qu’en est-il de la situation où notre amour n’est pas réciproque? Retrouve-t-on le même engagement? Je le crois, aimer c’est s’engager à découvrir l’autre sans rester en surface, sans cachette, sans faux semblant. C’est accepter la déception, la peur, le rejet. C’est ça, dans le fond, aimer.

Le polyamoureux qui s’engage avec plusieurs personnes, je suis prête à le reconnaître et je trouve même légitime son envie d’approfondir plusieurs relations en même temps. Mais celui qui se dit polyamoureux et qui n’a aucune relation vraiment profonde, aucune relation d’engagement, n’est-il pas plutôt un célibataire qui se cache à lui-même sa peur de l’engagement, cette peur ou ce refus d’assumer une relation plus intense qui vient avec des hauts et des bas, qui demande du travail, qui demande d’affronter les crises de l’autre, l’envie de partir de l’autre et les blessures de toutes sortes?

Le célibataire qui lie plusieurs relations, aussi importantes soient elles, mais qui se dit célibataire puisqu’il ne veut pas être en couple est-il lui aussi en plein mensonge? Il est peut-être plus impliqué qu’il ne le croit et vit des relations de couples avec des engagements divers et pourrait donc être appelé polyamoureux?

Elle est où la limite entre le polyamoureux et le célibataire qui a plusieurs amants? Cette nuance n’est pas claire. Il y a de la recherche à faire…

http://fr.wikipedia.org/wiki/Polyamour

http://polyamour.info/definition/

http://polyamour.info/-dr-/Erreurs-courantes-en-polyamour/

http://polyamour-quebec.ca/

 

Je ne serai pas ton chum 2

J’ai décidé de faire une deuxième écriture de mon dernier billet. C’était du premier jet et j’ai continué à réfléchir à la question.

En rappel: Ce texte m’inspire. Ça m’a fait réfléchir alors aussi bien mettre ça dans la bouche d’un personnage ou deux. C’est toujours plus intéressant quand on peut dialoguer au lieu de penser en rond!

Quel nom pour cet amant… Je ne sais pas encore. On va l’appeler Homme pour le moment. Il faudra vraiment que je clarifie qui sont ses amants à CATH. Il faut qu’il y en ait un certain nombre… mais sont-ils tous nécessaires? Pour le moment, j’ai l’impression que chaque nouvel apprentissage, chaque nouvelle intervention et discussion vient d’un homme différent. Et c’est rien parce que je compte bien plonger aussi CATH dans des aventures avec des femmes! Un arbre à amants s’impose. À suivre. Homme, ce sera Mathieu. Il sera un amant à lui seul, je ne le fusionnerai pas avec un autre personnage. C’est lui qui permettra à CATH d’envisager le polyamour et l’échangisme dans son éventail de possibilités. Je ne sais pas si c’est vers cette option qu’elle penchera, mais ça la fera certainement travailler sur son côté possessif. Pas possessif, non, plutôt inquiet. Inquiète qu’on la largue encore parce qu’on a trouvé quelqu’un de plus trippant qu’elle. 

MATHIEU
Je ne serai jamais ton chum.

CATH
J’ai jamais dit que je voulais que tu sois mon chum non plus…

MATHIEU
T’as pas besoin de le dire! Ça fait partie de tes charmes.

CATH
Prétentieux. Cute, mais prétentieux. Les gars pensent tout le temps que je suis amoureuse d’eux. Je n’ai pas été amoureuse depuis très longtemps. Jamais, en fait. J’ai peut-être jamais été amoureuse.
(Elle joue avec ses doigts. Voudrait pouvoir arrêter. Elle place ses mains bien à plat sur ses genoux. Voudrait sentir ses gestes naturels…)

MATHIEU
C’est pas que je ne t’aime pas. Tu me charmes. Tu m’envoûtes, même! Mais je ne peux pas être l’homme d’une seule femme.
(Il essaie de s’approcher. Elle réagit, saisie, trop brusquement comme d’habitude.)

CATH
(Avec un ton trop sec pour la conversation.) Je sais! Mais je comprends pas pourquoi t’es si sûr de toi. Ça ressemble plus à une période fuck-all-post-couple-qui-a-fait-mal.

MATHIEU
Non. J’ai fait mes recherches, j’ai eu mes rebounds.

CATH
Ouais, ouais.

MATHIEU
T’aimes pas ça, hein? T’aimes pas l’idée que je ne serai probablement jamais en couple hermétique.

CATH
Hermétique?

MATHIEU
J’ai dit hermétique? Je voulais dire monogame. Tu vois ce que mon inconscient en pense! Je fake pas!

CATH
Et tu es capable de dire, ici et maintenant, que tu es sûr et certain que tu ne changeras jamais d’idée. Jamais! Que personne jamais ne te donnera envie d’être en couple monogame et même d’avoir d’autres enfants? JAMAIS? T’es un fucking devin ou quoi?
(Elle ne sait pas pourquoi elle crie presque. Elle voudrait être calme. Elle est fâchée. Elle ne comprend pas pourquoi. Mais il la fâche.)

MATHIEU
Je ne suis certain de rien, CATH. Mais ce n’est pas comme ça que je vois mon avenir, non. Et les enfants, j’en ai eu trois, ma famille est faite. Je ne veux pas recommencer. De ça, j’en suis certain.

CATH
Je crois pas à jamais.

MATHIEU
Tu n’y crois pas ou tu ne veux pas que ce soit vrai?

CATH
(Baisse les yeux. Ne pas montrer qu’elle est troublée. Relever les yeux et darder son regard sur l’autre.)
On parle de toi. Pas de moi. Moi, je m’adapte à ce qu’on me donne. T’es pas l’homme de ma vie, désolée.

MATHIEU
Cath…
(Il place sa main sur la sienne. Elle reste là, figée. Ne répond pas à son geste d’affection. Il se sent niais, il reprend sa main.)

CATH
Ben quoi? Moi je rêve d’un gars qui va vouloir m’avoir moi. Pas me mettre dans un tas de filles dans lequel il va pouvoir choisir quand bon lui semble. Je suis pas un objet qu’on peut piger selon son bon vouloir. Je ne suis pas ça.

MATHIEU
Ah! Mais ce n’est pas comme ça que je vous voie, mes amantes! Vous êtes toutes importantes. Vous me permettez toutes d’être une partie de moi qui m’est essentielle. Que je ne peux pas être autrement.

CATH
Tu vois, pour moi, ça, c’est de la bullshit. Parce que moi, je travaille à être moi à temps plein. Complète, incontrôlable et moi. Pis ça, sans l’aide de personne.

MATHIEU
Et tu es heureuse comme ça?

CATH
Va chier.

MATHIEU
(Saisi. Il se rapproche)
Je ne voulais pas te blesser. C’était une question. Pour amener le point que je suis heureux comme je suis et qu’on est simplement différent.

CATH
Oh. Euh. S’cuse (presque inaudible). Je suis pas heureuse. Tu le sais. J’ai mal. Tout le temps. (Toujours presque inaudible. Les yeux sur la tache de café sur le divan. Espère que c’est du café et pas autre chose. Voudrait être la tache et disparaître dans le tapis.)

MATHIEU
Et moi je suis bien quand tu es là.

CATH
(À voix basse.)
Mais tu es aussi bien quand je n’y suis pas.

MATHIEU
(Visiblement touché par la vulnérabilité soudaine de Cath.) Je suis différent quand tu n’es pas là. C’est juste ça. Je suis différent.

CATH
Et t’arrives pas à être toi au complet avec moi. Pourquoi?

MATHIEU
Cherche pas toujours à te faire mal toute seule. Personne peut être pareil avec tout le monde. Cath. Tu cherches quelque chose qui ne se peut pas. Viens. Viens écouter mon cœur. Ce soir, il bat juste pour toi, ma WildCath!

CATH
Non. Tu te rends pas compte. Tu te rends pas compte de ce que tu nous fais.

MATHIEU
Qu’est-ce que je vous fais? Viens te coller pour me raconter ça.

CATH
Arrête d’essayer de m’amadouer avec des colles-colles.

MATHIEU
Oups. T’es vraiment fâchée, là?

CATH
Big time. Tu te rends pas compte que tu nous fous dans des petits cases. «Juste bonnes à faire sortir cette personnalité-là en moi.» En voulant être une petite parcelle de toi avec chacune de nous, tu nous obliges à être ce que tu attends de nous. T’es un pervers narcissique. Tu joues avec nous comme avec des marionnettes.

MATHIEU
Tu te plaignais pas tantôt!

CATH
Y’a pas juste le cul dans vie. Comment tu veux que j’aie une relation plus profonde avec toi si tu ramènes tout au cul et que tu ne veux pas être toi tout entier avec nous? Hein?

MATHIEU
Cath… Je voulais détendre l’atmosphère. T’es fâchée. Je ne sais pas pourquoi tout à coup. Je t’ai blessée en te disant que je ne serai jamais ton chum?

CATH
Change pas de sujet. Comment tu peux affirmer que tu veux approfondir les relations avec nous si tu n’arrives pas à être entier avec nous.

MATHIEU
As-tu une relation profonde avec ta meilleure amie?

CATH
Oui…

MATHIEU
Avec tes autres amants?

CATH
Avec certains oui, d’autres non.

MATHIEU
As-tu une relation profonde avec tes parents, ta famille?

CATH
Ben oui, mais c’est autre chose… Ça n’a pas rapport.

MATHIEU
Oui. Oui, parce que tu as une relation profonde avec chacune de ces personnes, que ce n’est pas la même chose et que tu es différente avec chacune. Pourquoi ça n’aurait pas rapport? C’est quoi la différence?

CATH
C’est que… (Ses yeux cherchent la réponse dans les airs.)
C’est pas pareil. C’est pas une personne avec qui tu veux partager la plus profonde intimité. C’est comme si tu avais renoncé à l’intimité avec une femme.

MATHIEU
Euh… on a baisé dans pas mal toutes les positions et j’ai visité pas mal toutes les parties de ton corps.

CATH
Oui, mais tu sauras jamais (sa voix casse, comme si elle allait pleurer. Elle se ressaisit.) Tu sauras jamais ce que je mets sur mes toasts le matin, comment je m’endors, dans quel sens je me brosse les dents, si j’oublie de fermer la porte de l’armoire quand je prends une assiette, c’est quoi ma routine quand je rentre du travail, à quel point je pourrais être charmante quand tu reviendrais du travail. Tu me laisseras jamais te montrer que je danse dans le salon quand je me sens super à l’aise. Faque tu viendras pas me surprendre par en arrière pour danser avec moi. Tu ne m’entendras jamais chanter dans ma douche parce que je me pense toute seule. Tu ne frissonneras jamais en me voyant prendre un bébé en te disant: «wow, cette femme-là, je veux avoir des enfants avec elle.» Tu ne me laisseras jamais te montrer mon charme. Tu te plantes déjà les deux pieds dans le béton avant même qu’on puisse penser à marcher ensemble. Pis tu me dis que je ne me laisse pas assez aller avec toi?

MATHIEU
Cath… Je… (Il ne voit rien d’autre que les larmes sur ses joues, ses cheveux qui bougent à peine parce qu’elle est figée sur place, sa bouche gonflée d’avoir pleuré. Son visage. Il ne l’a jamais vue comme ça.) Je comprends ce que tu veux. C’est juste pour ça que je te dis que je ne serai jamais ton chum. Je ne peux pas te donner ça. Mais je sais que tu prends du Nutella sur tes toasts. Que tu ne bois pas de café, mais que tu sautilles sur place quand on t’offre un thé. Tu m’as déjà chanté quelques notes dans la douche. Tu ne le sais pas, mais je t’ai regardé t’endormir dans mon lit. Non, je ne sais pas ce que tu ferais si tu m’attendais au retour du boulot, mais je sais le plaisir que j’ai à me préparer quand je sais que tu t’en viens. Et te voir comme ça en ce moment, ça me crève le cœur parce que je ne veux pas te faire mal. Je peux t’offrir tout ce que je suis, mais ça implique que je ne serai pas exclusif. Parce que c’est ce que je suis. Et quand je suis avec toi, je pense à toi, juste à toi. Pis là, je vais mourir de tristesse si tu viens pas dans mes bras. J’ai envie de prendre soin de toi et qu’on se colle pendant longtemps. Viens.

(Cath se laisse faire, vidée par toutes les émotions qui tourbillonnent en elle. Il vient de l’achever. Elle va s’attacher, c’est sûr.)

Je ne serai pas ton chum

Ce texte m’inspire. Ça m’a fait réfléchir alors aussi bien mettre ça dans la bouche d’un personnage ou deux. C’est toujours plus intéressant quand on peut dialoguer au lieu de penser en rond!

Quel nom pour cet amant… Je ne sais pas encore. On va l’appeler Homme pour le moment. Il faudra vraiment que je clarifie qui sont ses amants à CATH. Il faut qu’il y en ait un certain nombre… mais sont-ils tous nécessaires? Pour le moment, j’ai l’impression que chaque nouvel apprentissage, chaque nouvelle intervention et discussion vient d’un homme différent. Et c’est rien parce que je compte bien plonger aussi CATH dans des aventures avec des femmes! Un arbre à amants s’impose. À suivre.

HOMME
Je ne serai jamais ton chum.

CATH
J’ai jamais dit que je voulais que tu sois mon chum non plus…

HOMME
T’as pas besoin de parler! Ça fait partie de tes charmes.

CATH
Prétentieux. Cute, mais prétentieux.

HOMME
C’est pas que je ne t’aime pas. Tu me charmes. Tu m’envoûtes, même! Mais je ne peux pas être l’homme d’une seule femme.

CATH
Je sais! Mais je comprends pas pourquoi t’es si sûr de toi. Ça ressemble plus à une période fuck-all-post-couple-qui-a-fait-mal.

HOMME
Non. J’ai fait mes recherches, j’ai eu mes rebounds.

CATH
Ouais, ouais.

HOMME
T’aimes pas ça, hein? T’aimes pas l’idée que je ne serai probablement jamais en couple hermétique.

CATH
Hermétique?

HOMME
J’ai dit hermétique? Je voulais dire monogame. Tu vois ce que mon inconscient en pense! Je fake pas!

CATH
Et tu es capable de dire, ici et maintenant, que tu es sûr et certain que tu ne changeras jamais d’idée. Jamais! Que personne jamais ne te donnera envie d’être en couple monogame et même d’avoir d’autres enfants? JAMAIS? T’es un fucking devin ou quoi?

HOMME
Je ne suis certain de rien, CATH. Mais ce n’est pas comme ça que je vois mon avenir, non. Et les enfants, j’en ai eu trois, ma famille est faite. Je ne veux pas recommencer. De ça, j’en suis certain.

CATH
Je crois pas à jamais.

HOMME
Tu n’y crois pas ou tu ne veux pas que ce soit vrai?

CATH
(Baisse les yeux. Ne pas montrer qu’elle est troublée. Relever les yeux et darder son regard sur l’autre.)
On parle de toi. Pas de moi. Moi, je m’adapte à ce qu’on me donne. T’es pas l’homme de ma vie, désolée.

HOMME
Cath…

CATH
Ben quoi? Moi je rêve d’un gars qui va vouloir m’avoir moi. Pas me mettre dans un tas de filles dans lequel il va pouvoir choisir quand bon lui semble. Je suis pas un objet qu’on peut piger selon son bon vouloir. Je ne suis pas ça.

HOMME
Ah! Mais ce n’est pas comme ça que je vous voie, mes amantes! Vous êtes toutes importantes. Vous me permettez toutes d’être une partie de moi qui m’est essentielle. Que je ne peux pas être autrement.

CATH
Tu vois, pour moi, ça, c’est de la bullshit. Parce que moi, je travaille à être moi à temps plein. Complète, incontrôlable et moi. Pis ça, sans l’aide de personne.

HOMME
Et tu es heureuse comme ça?

CATH
Va chier.

HOMME
(Saisi. Il se rapproche)
Je ne voulais pas te blesser. C’était une question. Pour amener le point que je suis heureux comme je suis et qu’on est simplement différent.

CATH
Oh. Euh. S’cuse (presque inaudible). Je suis pas heureuse. Tu le sais. J’ai mal. Tout le temps. (Toujours presque inaudible.)

HOMME
Et moi je suis bien quand tu es là.

CATH
(À voix basse.)
Mais tu es aussi bien quand je n’y suis pas.

HOMME
(Visiblement touché par la vulnérabilité soudaine de Cath.) Je suis différent quand tu n’es pas là. C’est juste ça. Je suis différent.

CATH
Et t’arrives pas à être toi au complet avec moi. Pourquoi?

HOMME
Cherche pas toujours à te faire mal toute seule. Personne peut être pareil avec tout le monde. Cath. Tu cherches quelque chose qui ne se peut pas. Viens. Viens écouter mon coeur. Ce soir, il bat juste pour toi, ma WildCath!

L’amour est une illusion d’optique

Texte rédigé le 29 septembre 2010 qui me fait penser à ce billet que j’ai publié récemment.

Réflexions de Cath:
Voir l’amour autrement. L’amour comme quelque chose qui fluctue. On n’est pas «en amour» pendant 10, 20, 30 ans. On se sent amoureux plusieurs fois, souvent, pendant cette période. Mais ce ne sont que des successions de petits moments heureux qui s’accumulent et qui donnent une impression d’amour continu.

Scène possible:

Un dimanche après-midi à l'Île de la Grande Jatte (1884-1886)

Un dimanche après-midi à l’Île de la Grande Jatte (1884-1886)

 

Cath est au musée. Elle tombe sur des toiles de Seurat. Elle s’intéresse à la technique. Le pointillisme n’est qu’illusion, en fait. Rien de ce qui apparaît aux yeux n’existe puisque tout n’est composé que de petits points et de mélanges de couleurs.

 

 

Elle se souvient de ces lignes qu’on interprète en triangles alors qu’ils ne sont jamais vraiment là quand on s’attarde à ce qui est là, ce qu’on voit et non à ce qu’on comprend.

TrianglesIl y a beaucoup d’applications au « discontinu qu’on interprète en continu». Par exemple, les histoires d’amour. Pouvons-nous dire que nous sommes amoureux tout le temps de notre relation? Est-ce qu’«être amoureux» est un état continue ou si ce ne serait pas plutôt comme la toile d’un peintre pointilliste que l’on interprète comme un état permanent. Quand je fais mes courses et que je ne pense pas à lui, est-ce que je suis amoureuse à ce moment précis là? Suis-je amoureuse d’une personne à tout moment dans la relation juste parce que j’ai dit «je t’aime» et que je n’ai pas fermé par un «je ne t’aime»?

<Je t’aime> … </Je t’aime>

Trois petits points. Un amour inconditionnel et égal contenus dans trois petits points. Non, certainement pas. Il faudra revoir la théorie, encore…

Extraordinaire, mais…

CATH part d’un party et arrive chez ANTOINE. Il est 3h du matin. Elle lui a texté, il laissera la porte débarrée. Les yeux pleins d’eau dans le bus de nuit, elle lui a écrit: « Je suis triste, saoule et horny. Meilleur des mélanges.» Il ne s’est pas rendormi en l’attendant.

Porte qui s’ouvre, CATH essaie de ne pas faire de bruit, mais claque la porte. Elle retire ses chaussures et file vers la chambre d’ANTOINE. Elle se heurte à son lit, ça fera un bleu impressionnant, c’est sûr. Elle fond sur lui, l’embrasse. Il la serre sur lui et lui rend ses baisers passionnément.

CATH
Faut que j’aille aux toilettes, mais je te reviens tout de suite.

Il rit. Il aime qu’elle soit toujours directe et qu’elle ne fasse rien comme les autres.

Elle part et revient bien vite. Il a ouvert la petite lampe de chevet. Elle le rejoint, il l’agrippe. Elle descend. Elle lui a promis de le sucer jusqu’à ce qu’il lui demande d’arrêter. Elle ne se souvenait pas qu’il était si gros dans sa bouche. Il la laisse faire un bon moment. Il ne veut pas jouir tout de suite. Il la ramène vers lui, force sa bouche de sa langue et la roule sous lui. Elle ne peut plus bouger. Ils font l’amour à tous les rythmes, dans toutes les positions. Elle avait besoin de ne plus penser. Il avait besoin de folie.

ANTOINE
C’était bon! Je me suis ennuyé de toi, belle dame. Faut pu que tu passes autant de temps sans me rappeler.

CATH n’arrive pas à dire un mot. Il la regarde dans les yeux, la sonde. C’est juste dans ces moments-là qu’elle ne peut pas se sauver et qu’elle dit tout: CATH a les yeux clairs qui ne savent pas mentir ni se cacher.

ANTOINE
Pourquoi t’était triste?

Les larmes montent, mais CATH réussi à les chasser avant qu’elles soient trop nombreuses et débordent sur ses joues.

ANTOINE
Une histoire de gars?

CATH se pince les lèvres. Elle ne veut pas parler. Il entendrait à sa voix qu’elle est vulnérable. Elle ne veut pas être lourde. Elle ferme les yeux et détend son corps.

CATH
On se couche?

ANTOINE
Pourquoi tu es triste? Raconte.

CATH
Après on se couche, promis?

ANTOINE
Deal.

CATH
Un gars sur qui je trippe ben raide. Il était en train de scorer avec une autre fille quand je suis partie. Pis mon amie m’a confirmé qu’il scorait avec plein de monde et qu’il m’aurait fait signe déjà s’il avait été intéressé par moi. Il lui a dit que j’étais extraordinaire, mais que je l’attire pas, en fait. Elle a essayé d’être délicate.

ANTOINE
Outch.

CATH
Vraiment écoeurée d’être extraordinaire,  mais… J’attire personne. Je sais pas pourquoi.

ANTOINE
Non. C’est faux. Tu es vraiment très hot, pour vrai. Crois-moi.

CATH
Fuck you. T’es le premier à ne pas s’intéresser à moi.

ANTOINE
Euh… C’est pas vrai que je m’intéresse pas à toi! On vient-tu de baiser ou pas? J’était pas en érection juste à penser que tu t’en venais, peut-être?

CATH
C’est pas ce que je veux dire et tu le sais. Ça fait 5 ans que je suis célibataire pis je n’arrive pas à être autre chose que l’amie ou la baise. Pas une seule histoire d’amour, de gars suffisamment troublé pour m’envisager comme blonde.

ANTOINE
Ah. C’est pas vrai, ça! Y’en a eu.

CATH
Un gars qui me fait papillonner le cœur aussi, je veux dire.

ANTOINE
Mais ça va venir.

CATH
J’y crois pu. Pis ça me fait chier parce que je sais que je suis une blonde de course.

ANTOINE
C’est clair que tu es la meilleure blonde au monde.

CATH
Pourquoi tu me dis ça? Comment tu peux te permettre de me dire ça. Tu me vois juste comme une baise, comme tous les autres.

ANTOINE
Tu voudrais plus?

CATH
C’est pas mon point. Je sais pas pourquoi je passe tout le temps inaperçue. Juste la baise ou l’amie. 5 ans de ça. Les gars me voient et me classent… Moi je me dévoile lentement.

ANTOINE
Ben voyons Cath. Avec toi c’est direct dans la face! T’es la première à en mettre plein la vue. Comme pour nous forcer à faire notre choix.

CATH
Tu vaux pas mieux que les autres alors. Tu comprends pas…

ANTOINE
C’est pas un reproche. Je t’aime comme ça, là.

CATH
Tu m’aimes pas. Pas le droit de me dire ce mot-là en ce moment. Pis y’a une marge entre ce que je montre et ce que je suis.

ANTOINE
Tu me croiras pas, mais je le sais, bella. T’es pas miss What-you-see-is-what-you-get comme tu vourais tant le faire penser. Tu fuis! Pis t’aurais envie qu’on s’occupe de toi mais t’as ben trop peur. De quoi au juste, je le sais pas.

CATH
La vérité c’est que je suis longue à me dévoiler pour vrai…

ANTOINE
Je sais, Cath. De quoi t’as peur?

CATH
Ce que je montre c’est moi… mais il y a un côté que je montre difficilement.

ANTOINE
Tu réponds pas à ma question. Tu fuis encore…

CATH
Faut le mériter, c’est tout.

ANTOINE
Comme un petit, trésor. J’ai bien compris que j’étais chanceux.

CATH
Tu m’as pas encore eue.

ANTOINE
Tu peux pas me le montrer ce côté-là que tu montres difficilement?

CATH
Non. Pas encore…

ANTOINE
Je veux pas te faire peur, mais je le vois, ton côté. T’es pas si mystérieuse, dans le fond.

CATH
Tu en sais rien encore…

ANTOINE a ramenée CATH sur sa poitrine. Il sait qu’elle parle plus et qu’elle se défend moins quand il ne peut pas voir son visage.

ANTOINE
Mais si tu te montres pas, comment tu veux qu’on soit amoureux de celle que tu es vraiment?

CATH
Je veux qu’on prenne le temps d’être curieux. Qu’on me découvre.

ANTOINE
Mais pour ça, faut que tu nous en donnes un peu… Si tu nous fous dans la face un de tes côtés sans nous donner un indice de ce qu’il y a en arrière, comment veux-tu qu’on pense à te découvrir?

CATH
Tout le monde a une vulnérabilité et un côté qui prend du temps à découvrir. Non, mais on peut-tu revenir au moment où on ne décidait pas qu’une personne n’était « pas aimable » en 10 minutes… On peut-tu prendre le temps de se laisser séduire?

ANTOINE
Mais c’est ce qu’on fait, non? C’est pas parce qu’un gars n’est pas attiré par toi que tout le monde prend 10 minutes pour classer les potentiels dans des petites cases définitives…

CATH
T’es pas en train de tomber amoureux, toi, hein?

ANTOINE
Tu vois? [Il la serre encore plus fort. Bisou sur la tête.] T’es une mine de contradictions. Et je t’aime pour ça. Pis oui, je vais te dire que je t’aime. Mais non, je ne suis pas amoureux de toi en ce moment. Tu m’as dit dès le départ qu’il fallait pas que je m’attache. Je ne ferai pas l’erreur, belle Cath-la-tigresse. Mais je vais te dire que je t’aime pareil. Même si tu veux pas l’entendre.

CATH pleure maintenant. En silence. Elle sait qu’ANTOINE s’en rend compte, elle a la tête sur son torse. Elle lui est reconnaissante de faire comme si de rien n’était. Il faut qu’elle dorme. Demain, elle redevient chiante, c’est promis.

Si on jouait à être amoureux?

Petite réflexion que Cath lance à Antoine (qui est Antoine? Lequel de ses amants? Peut-être l’Ex-icain mêlé avec Hemingway?). Parce que même elle, si bouillante, si sanguine, si cassante, cherche l’amour tendre et doux, avec un bisou soufflé qui chatouille la nuque. (Premier jet, inspiré par la relecture de ce billet, composé le 10 juillet 2014, non relu donc pas nécessairement cohérent tout du long.)

Il y a un temps où le célibat pèse. Où les histoires de cul qui s’accumulent vident la moelle de soi. Un squelette qui ne retient plus rien des nutriments dont il a besoin. Que du vide suspendu dans une cage poreuse.

Il y a un temps où on voudrait réapprendre à aimer et être aimée dans un lieu sécuritaire. Comme on apprend à garder son équilibre à vélo en comptant sur les petites roues d’en arrière. Aimer sans tomber. Sans être abîmée, cette fois.

Mais comment apprendre à être amoureuse dans un cadre? Comment jouer à être amoureux sans se heurter au mur de la réalité qui, forcément, nous pointera du doigt en nous rappelant qu’on a été dupe, qu’on a fini par se croire et qu’on a mal, encore. Qu’on s’est déchiré le corps, encore. Qu’on a effacé un bout d’espoir, encore.

Il y a de ces amants qu’on ne peut pas toucher avec affection. De ces amants qui ne permettent aucune démonstration de cette complicité amoureuse. De ces amants qui ne comprennent pas que le cul, le corps, le cœur et la tête s’écrivent en un mot. Des amants qui ne risquent surtout pas de se perdre dans un jeu où il est bon de s’oublier.

Antoine, et si on jouait à être amoureux, toi et moi? On ne se croira pas, promis. Tu resteras libre et moi aussi. Mais Antoine, peux-tu m’apprendre à aimer? Ici, en boule dans tes bras. Tiens-moi fort, encore, contre toi. Viens me chercher la nuit, car je serai perdue dans tes draps. Je grelotterai, promis, pour que tu puisses me recouvrir. Me border, comme si tu me voyais précieuse.

Quand je serai avec toi, juste pour ces minutes-là, aussi longues soient-elles, faisons-nous croire que c’est éternité.

Promets-moi seulement que quand tu seras avec moi, juste pour ces minutes-là, tu seras mon amoureux à temps plein.

Je me souviendrai ensuite, juste après ces minutes-là, que l’on est amoureux rétractables, pliables, qui se rangent sous le lit. Des souris qui n’aiment que le noir. Pour une histoire sans espoir.

J’ai été brisée. Fracassée par le flanc sur un rocher trop dur par un temps houleux. J’ai été dupée. On m’a dit que le vent ne déplacerait que les plumes. On me croyait de pierre. J’ai dupé aussi. J’ai besoin d’être dans tes bras, que tu me regardes avec des yeux qui disent: « Je t’aime ». Un je t’aime valable pour une durée limitée, sur un territoire limité. Je te donne un cadre dans lequel nous pouvons dire je t’aime sans pleurer.

Veux-tu qu’on joue à s’aimer, juste pour voir?

On n’y croira pas, c’est promis. Mais j’apprendrai, je placerai dans ma cage ouverte un cœur qui pépite et crépite, de chaud et de moi.

J’ai marché

Texte écrit d’un jet (ou de deux jets, en fait, avec une pause ménage entre les deux…) ce soir avec Espace musique qui joue en arrière plan du blues et du jazz. Je ne relis pas, j’aurais trop peur de censurer. Ma petite Cath, le personnage principal du projet derrière ce blogue, en a long sur le cœur. Je ne sais pas de chez qui elle sort comme ça, mais ça aura été une histoire pleine de bon et de mauvais qui arrache un bout de peau quand on essaie de s’en défaire. 

J’ai marché. J’ai marché jusqu’à me perdre. Fallait que je me perde pour ne pas me retrouver chez toi. J’avais tellement envie d’être chez toi, dans tes bras. Suffit, que je me suis dit. Suffit! Ça suffit! Ressaisis-toi et avance. Avance sans savoir où tu t’en vas, ce sera toujours mieux que de retourner chez lui.

Je sais pas pourquoi la tête pis le cœur jouent ensemble quand l’amour devrait se terminer. Je sais pas pourquoi tout à coup ils se mettent du même côté alors que tout le reste du temps ils se battent dans un combat féroce. Ma tête m’emprisonne dans une pensée circulaire, elle contrôle mes gestes et va dans le sens de mon cœur. Mon foutu cœur qui bat pour toi. Encore. Ma tête actionne mon corps pour qu’il ressente tes caresses, pour qu’il voit ton sourire moqueur, pour qu’il sente ton parfum qui me rend folle, ça devrait puer, pourtant, ce mélange de bière, de sexe, de cigarette, de sueur. Mais ça me rend folle. J’ai un cœur qui se fout de la raison et ma tête s’imagine qu’il n’a pas tort. Fait chier.

Mon ventre, lui, il me dit de continuer de marcher sans m’arrêter. Aller de l’avant, que je disais. Sauf que mes souvenirs tirent fort. Je ralentis. Je vais tomber. Trébucher, buter contre mon envie. Contre ce foutu cœur qui me bat maintenant entre les jambes. J’ai le clitoris qui t’appelle. Pis j’aurais juste envie d’une nuit de colle-colle. Sans sexe, pour une fois. Une fois, juste une, où je me dis que je ne veux pas et que j’arrive à ne pas te laisser faire. J’ai le clitoris qui crie ton nom et j’essaie de me faire croire que je veux juste te coller. Que tu me prennes dans tes bras et qu’on soit bien, presque amoureux. On ne le sera pas, mais on pourrait faire semblant? Tu m’as déjà scrapée de toute manière. Un peu plus, rendus là.

Je marche.

Je marche la tête droite.

Le cœur plie. Le cœur pile poil où ça fait mal.

Le cœur qui n’aime pas. Le cœur qui rush comme pierre qui n’amasse pas mousse. Tousse, tousse.

J’ai valsé trop longtemps avec toi. J’ai tourné à me vomir les rêves d’enfants. Cela fera. Cela fera… Ouais, ouais.

J’ai laissé mon cellulaire ouvert dans mes poches pour que les gouttes de jus qui lui restaient encore s’épuisent. Comme ça, je serais certaine de pas t’envoyer un texto désespéré ou, pire, de répondre aux tiens.

Le problème quand on marche sans trop savoir où on va, c’est qu’on finit par se retrouver. On se retrouve forcément quelque part. Au cœur de soi, peut-être. Au mieux, on se retrouve là où on ne s’y attendait pas. On se retrouve là, désarmé, trop las pour penser.

Mon cellulaire mort, je n’appellerais pas non plus cet autre amant… ni lui ni lui ni lui.

Seule pour un soir. Soir à me manger l’intérieur et un peu de bouts des doigts. Des bouts de doigts qui t’auraient bien imprimé mon nom dans ton dos. Des bouts de doigts qui auraient dit À moi  sur toi. C’est mieux pas.

J’ai tourné en rond, je pense. Je me suis retournée et j’étais chez moi. J’ai marché. La tête droite, le cœur qui plie. J’ai marché jusqu’à ce que mes bas frisent au bout de mes orteils dans le fond de mes bottes. J’ai marché jusqu’à toi. Chez moi. T’étais là. En moi, partout partout en moi. Fais chier.

J’ai tout enlevé d’un coup. Mon t-shirt, mon jeans, mes sous-vêtements. Pourquoi j’ai mis les dentelles si je ne voulais pas coucher avec toi? Je n’ai pas couché avec toi. J’avais pourtant mis les dentelles… J’ai tout enlevé d’un coup et j’ai rempli le bain pour tout faire tremper. Fallait me sortir ton odeur de la vie. Ça donnait rien. Elle était en moi, ton odeur. Pas dans mon linge. Mais bon, on fait des choses, parfois, juste pour se dire qu’on les a faites. On fait des choses comme un symbole. Comme un gros McDo quand t’as faim : ça fait la job et tu gères le mal de cœur plus tard.

Une chose à la fois chère, que tu m’as dit. Ouais. Une chose à la fois. Cher. Ce soir, je me regarde dans le plate des yeux, moi pis moi en solo. Ce soir, j’arrête de croire que je vais y arriver. Ce soir, les étoiles vont se décrocher du ciel pis faner. Parce que décrocher les étoiles, ça fait un ciel noir comme dans le cul d’un ours. Comme dans l’cul d’in our’. Pis tu vois pu rien après. Tu m’as décroché une étoile, pis je voyais pu rien. Le cœur et la tête dans le cul comme dans un ciel pas d’étoiles.

J’ai pris mon bain avec mon linge. J’étais nue sous mon linge. Particulier. Mélangé les savons, aussi. Dove, Tide, Shampoing. Mon poing dans ma gueule pour pas gueuler. Pis je me suis rappelée que j’avais pas envie de gueuler. Que j’étais plus forte que tout ça. Que dans le fond, je t’avais jamais aimé, on avait juste fait semblant. Pis qu’entre toi et toi, ben on avait juste regardé toi… on n’a pas pu m’abîmer le nombril, c’est sûr.

Je suis sortie du bain. J’ai laissé l’eau s’échapper avec mes tristesses par le drain. C’est allé rejoindre la marde dans les égouts. J’ai pris ma douche. La fenêtre ouverte. Il faisait froid et chaud. Pis je fumais. Mon linge en tas dans le fond du bain. Un tapis antidérapant. J’avais tout pour foutre le camp par terre ce soir. Mais je suis pas tombée. Mon linge en tas dans le fond du bain, avec mes tristesses enroulées comme des vieux souvenirs dont on ne se rappelle plus qu’en mots, qu’en scénario bien construit dans le fond du cerveau. J’étais nue sous l’eau chaude avec le froid de dehors qui me fumait la peau. Mon chat est rentré dans la salle de bain. Elle m’a saluée et est repartie. Probablement pas envie de fumer de la tristesse avec moi. Je le comprends, le matou.

Je suis sortie de la chambre de bain. J’ai pas pris le temps de m’essuyer. J’ai pas pris le temps de quoi que ce soit. Je marchais encore juste pour marcher. Mon linge en tas, mes tristesses dedans, j’étais légère parce que vide. J’ai dansé un slow toute seule. J’ai dansé en me frenchant les souvenirs de toi. Ça m’a pu tenté ben vite. Je suis allée me coucher. C’était ce qu’il y avait de mieux à faire. Couchée. Mais j’ai pas dormi. Pas tout de suite. J’ai glissé mes doigts là où tu aurais pu le faire. J’avais pourtant mis mes dentelles. La fenêtre de ma chambre grande ouverte, on ne ferme pas les rideaux pendant le show. J’ai perdu patience. Je perds toujours patience quand je me joue après toute seule. C’est trop long quand je ne suis pas essoufflée. J’ai sorti mon vibrateur. Tu sais, celui que j’avais oublié de ranger la première fois que tu es venu chez moi? J’étais gênée, je t’avais dit OUPS! on va ranger ça. Et tu m’as dit Pas besoin! J’ai même pas compris tellement ça se pouvait pas que tu daignes me voir pour autre chose que celle que tu avais toujours connue. Y’a fallu que tu sois nu dans mon lit pis que tu m’attires contre toi pour que je comprenne que ça se pouvait bien, finalement. J’ai sorti mon vibrateur rose multifonctions et je suis venue au moins trois fois. J’ai pensé à toi, à quel point tu me faisais chier. À quel point je ne voulais plus te voir. J’ai pensé à ta bouche, à tes mains, à ta grosse queue qui me donnait mal à la mâchoire. Ouais, je me suis rappelé que tu me faisais triplement chier et je suis venue trois fois.

J’ai dormi comme jamais. Je n’ai pas dormi de la nuit. J’ai regardé les étoiles. Elles étaient bien accrochées dans le ciel, finalement. J’ai lancé mes colères une par une. J’ai lancé ma colère sans crier. Tu m’as séduite parce que j’en valais la peine. Tu m’as dit ces mots-là JE RESTE PARCE QUE T’EN VAUX VRAIMENT LA PEINE. Tu m’as dit prends ton temps. Pis tu as rencontré quelqu’un qui te fait vraiment tripper, même si je suis vraiment extraordinaire, tu sais? Ouais ouais, je sais. J’ai garnotté ça dans les étoiles pour que ça te retombe dessus. Karma is a bitch.

J’ai fini par pu penser à rien. J’ai pensé à lui pis à lui pis à lui, mais pas à toi. J’ai flatté mon chat. Pas ma chatte, j’avais donné. J’ai pensé à demain. Pis j’ai pu pensé à rien. Demain. Demain je refais le chemin entre moi et moi. En solo. Avec mes tristesses et mes colères perdues, on va ben finir par se retrouver. Moi, mon cœur, ma tête. Le ventre dans le cul d’un ours. Pu d’étoile pour compter mes nuits blanches. Demain…

Cath ne l’a jamais fait

J’ai trouvé cette photo. Je ne sais plus où. Elle a sa place par ici.

Avoir ce qu'on a jamais eu

Comment Cath comprend cette image? Elle plonge, c’est sûr. Elle plonge où. Comment était-elle avant la rupture d’avec son ex? Son monstrueux ex. Comment était-elle juste avant de voir cette image? Qu’a-t-elle jamais fait. (Et moi?)

Cath est impulsive et raide. L’a-t-elle toujours été? Non. Il ne faut pas. Elle a DU caractère, c’est certain. Elle a du mal à s’ouvrir, elle a toujours été difficile d’approche. Son orgueil la protège autant qu’elle protège son orgueil. Une photo comme celle-là et elle fonce. Évidemment, elle frappera dans toutes les directions. Des coups d’épée dans l’eau. Forcément, elle se retrouvera vidée, épuisée, triste et frustrée. Peut-être que, là, enfin, petite bête blessée, elle acceptera qu’on lui prenne la main.