Et je ne sais pas pourquoi

CATH écrit aussi parfois. Elle écrit sur sa douleur de n’être jamais celle qu’on préfère. Elle écrit parce qu’elle n’oserait jamais dire qu’elle se sent vulnérable, qu’elle est fragile. Elle ne trahirait pas se inconsistances, ses contradictions devant cet homme qu’elle aime sans se l’avouer. Cet homme qu’elle ne peut pas aimer. Cet homme qui n’est qu’une image de tous ces hommes qui ne l’aiment pas. C’est son cri: Aimez-moi, n’importe qui. Un cri qu’elle voudrait faire entendre à cet homme, même si ce n’est pas celui qu’elle choisirait. C’est celui qui est là et celui à qui elle fait porter la responsabilité de l’aimer. Parce qu’il faut bien, qu’une fois, quelqu’un l’aime, cette pauvre CATH toute sauvage.  

Je suis sur toi. Au milieu de la nuit. Il a fallu que je te tire de du sommeil pour t’avoir un peu.

Je suis sur toi et je me donne du plaisir avec ton membre dur. Érigé par moi.

Mais il ne bat pas pour moi.

Tu ne m’aimes pas.

Je vais et je viens, je m’empale sur ta tour d’ivoire, précieuse et secrète. Je sens ma peau qui s’arrache à la tienne chaque fois que je remonte. Et je retombe sur toi. Ma peau se fusionne à la tienne, encore. Encore. Encore.

Mais inlassablement, je te repousse. Je remonte et je me déchire à ta peau. Je me défais de toi.

Tu ne m’aimes pas. Sais-tu que je ne suis déjà plus là?

Et je ne sais pas pourquoi tu me rappelles toujours. Je ne suis pas dupe. Tu sais m’oublier quand tu n’as pas besoin de moi. Mais tu me rappelles toujours. Tu me retiens, même si tu n’as plus envie de moi. On est un vieux couple et tu ne m’aimes pas. Il reste quoi? Déjà plus rien. Mais tu me rappelles toujours.

Tu ne m’aimes pas. Alors ne m’aime pas. Ne fais pas semblant. Et, surtout, ne dis rien tout bas quand je n’écoute pas.

On ne m’aime pas. Je ne suis pas de ces femmes qu’on choisit. Je ne suis pas de ces femmes pour qui on s’enflamme et je ne sais pas pourquoi. Il y a eu des hommes, oui, que j’ai ensorcelés. Ils ont dit cela, que je les avais ensorcelés. On m’a dit souvent que j’étais extraordinaire. Je ne veux plus. Il y a toujours un mais. Je ne suis pas extraordinaire-mais. Je suis moi, charmante, unique, moi, une femme d’exception et plus rien en bas de ça.

Sais-tu que tu as besoin de moi pour l’aimer elle. Tu me l’as dit. En d’autres mots, mais tu l’as dit. Juste elle, tu t’ennuierais. Il te manquerais quelque chose. Et je ne te sers qu’à en aimer d’autres, qu’à maintenir ton équilibre. C’est le bon équilibre, n’est-ce pas? Oui. Pour toi. Je te sers. Tu te sers de moi. Et moi, tu ne m’aimes pas. Et je ne sais pas pourquoi.

Je sais. Je me sers de toi aussi. En ce moment, bien assise sur ta fourche pendant que tu me regardes les yeux endormis, mais pleins d’étincelles de désir. Un désir endormi. Je me sers de toi. Ce n’est pas tout à fait ça. Je te cherche. Je voudrais te rendre fou de moi. Réveiller chaque parcelle de ta peau. Mais tu t’ennuies. Tu m’as trop vue et tu ne sais plus me découvrir. Tu n’as jamais vraiment essayé de me découvrir, il faut dire. Alors je me sers de toi pour te reconquérir. C’est idiot. Je veux que tu meures de mon départ. Que ton corps s’assèche de ne plus s’abreuver au mien. Et c’est idiot.

Le sais-tu que tu m’as déjà perdue? Que je suis déjà loin? Que chaque fois qu’on se voit, que tu m’enfonces ton arme secrète dans le ventre comme un couteau, tu me perces, me blesses? Tu ne le sais pas. Tu ne le sauras pas. Est-ce que seulement ça t’importe? Ne suis-je pas que jeu et matière à pétrir pour toi? Je suis une pâte à modeler entre tes mains qui me forment à coup de chaleur et de bonjours. Je fonds, mais me refroidis, chaque fois, très vite.

Je ne suis pas dupe. Ni accro. Le sais-tu que je suis déjà partie? Que je ne fais que manger les miettes, que lécher l’assiette vide pour en saisir les derniers plaisirs?

Tu ne veux pas que je parte. Tu veux me garder. Me tenir du bout des doigts.

Tu as peur de nous perdre toutes les deux. Tu m’as déjà perdue. Comme j’espère qu’elle te quittera aussi. Que tu nous perdes. Et qu’elle ne gagne pas.

Je ne veux pas vous laisser seuls.

Je me console. Tu la quitteras. Si je pars, tu te lasseras d’elle aussi. Elle seule ne peut maintenir ton équilibre. Tu la verras plus souvent. Tu croiras même que vous pouvez être en couple, ouvert. Puis tu te lasseras comme on se lasse d’un jouet qu’on croit connaître trop. Tu es comme ça. Un homme de superficie. Qui craint de plonger en profondeur. Tu reste en surface et c’est décevant. Quand on est intelligent, on a la responsabilité de se montrer à la hauteur. Tu ne t’engages pas. Est-ce vraiment ce que tu veux montrer à tes enfants, qu’on a le droit d’être complètement désengagé de toutes ces femmes qu’on met dans notre lit? Qu’on peut jouer avec un humain comme avec un objet qu’on jettera lâchement?

Je ne veux pas te perdre.

Je veux te quitter. Que tu en souffres. Que tu me cherches dans tes draps. Et pourtant, je ne peux pas m’empêcher de te dire oui quand tu me rappelles. Et tu me rappelles toujours. Et je joue le jeu parce que j’aimerais y croire.

Je veux que tu me gardes contre toi, encore. Encore. Encore. Et je rêve, la nuit, que je te quitte. J’y pense le jour, aussi. Toujours, tout le temps.

On joue, d’accord? On joue que je te quitte et que tu fais tout pour me garder. On joue que tu es amoureux fou. Tu n’as pas le droit de te détourner de moi. C’est moi qui te quitte. Moi qui te fais mal. Juste moi. On joue, d’accord?

Mais tu ne te pointeras pas devant chez moi, les yeux pleins d’eaux. Tu ne chuchoteras pas dans mon cou : Reste, reste encore. J’aimerais que tu ne me laisses pas partir. Que tu t’obsèdes de moi. Que tu me veuilles à ton bras. Je veux que tu m’aimes un peu.

Et je ne sais pas pourquoi tu ne le feras pas.

Tu ne le feras pas et je ne sais pas pourquoi.

Extraordinaire, mais…

CATH part d’un party et arrive chez ANTOINE. Il est 3h du matin. Elle lui a texté, il laissera la porte débarrée. Les yeux pleins d’eau dans le bus de nuit, elle lui a écrit: « Je suis triste, saoule et horny. Meilleur des mélanges.» Il ne s’est pas rendormi en l’attendant.

Porte qui s’ouvre, CATH essaie de ne pas faire de bruit, mais claque la porte. Elle retire ses chaussures et file vers la chambre d’ANTOINE. Elle se heurte à son lit, ça fera un bleu impressionnant, c’est sûr. Elle fond sur lui, l’embrasse. Il la serre sur lui et lui rend ses baisers passionnément.

CATH
Faut que j’aille aux toilettes, mais je te reviens tout de suite.

Il rit. Il aime qu’elle soit toujours directe et qu’elle ne fasse rien comme les autres.

Elle part et revient bien vite. Il a ouvert la petite lampe de chevet. Elle le rejoint, il l’agrippe. Elle descend. Elle lui a promis de le sucer jusqu’à ce qu’il lui demande d’arrêter. Elle ne se souvenait pas qu’il était si gros dans sa bouche. Il la laisse faire un bon moment. Il ne veut pas jouir tout de suite. Il la ramène vers lui, force sa bouche de sa langue et la roule sous lui. Elle ne peut plus bouger. Ils font l’amour à tous les rythmes, dans toutes les positions. Elle avait besoin de ne plus penser. Il avait besoin de folie.

ANTOINE
C’était bon! Je me suis ennuyé de toi, belle dame. Faut pu que tu passes autant de temps sans me rappeler.

CATH n’arrive pas à dire un mot. Il la regarde dans les yeux, la sonde. C’est juste dans ces moments-là qu’elle ne peut pas se sauver et qu’elle dit tout: CATH a les yeux clairs qui ne savent pas mentir ni se cacher.

ANTOINE
Pourquoi t’était triste?

Les larmes montent, mais CATH réussi à les chasser avant qu’elles soient trop nombreuses et débordent sur ses joues.

ANTOINE
Une histoire de gars?

CATH se pince les lèvres. Elle ne veut pas parler. Il entendrait à sa voix qu’elle est vulnérable. Elle ne veut pas être lourde. Elle ferme les yeux et détend son corps.

CATH
On se couche?

ANTOINE
Pourquoi tu es triste? Raconte.

CATH
Après on se couche, promis?

ANTOINE
Deal.

CATH
Un gars sur qui je trippe ben raide. Il était en train de scorer avec une autre fille quand je suis partie. Pis mon amie m’a confirmé qu’il scorait avec plein de monde et qu’il m’aurait fait signe déjà s’il avait été intéressé par moi. Il lui a dit que j’étais extraordinaire, mais que je l’attire pas, en fait. Elle a essayé d’être délicate.

ANTOINE
Outch.

CATH
Vraiment écoeurée d’être extraordinaire,  mais… J’attire personne. Je sais pas pourquoi.

ANTOINE
Non. C’est faux. Tu es vraiment très hot, pour vrai. Crois-moi.

CATH
Fuck you. T’es le premier à ne pas s’intéresser à moi.

ANTOINE
Euh… C’est pas vrai que je m’intéresse pas à toi! On vient-tu de baiser ou pas? J’était pas en érection juste à penser que tu t’en venais, peut-être?

CATH
C’est pas ce que je veux dire et tu le sais. Ça fait 5 ans que je suis célibataire pis je n’arrive pas à être autre chose que l’amie ou la baise. Pas une seule histoire d’amour, de gars suffisamment troublé pour m’envisager comme blonde.

ANTOINE
Ah. C’est pas vrai, ça! Y’en a eu.

CATH
Un gars qui me fait papillonner le cœur aussi, je veux dire.

ANTOINE
Mais ça va venir.

CATH
J’y crois pu. Pis ça me fait chier parce que je sais que je suis une blonde de course.

ANTOINE
C’est clair que tu es la meilleure blonde au monde.

CATH
Pourquoi tu me dis ça? Comment tu peux te permettre de me dire ça. Tu me vois juste comme une baise, comme tous les autres.

ANTOINE
Tu voudrais plus?

CATH
C’est pas mon point. Je sais pas pourquoi je passe tout le temps inaperçue. Juste la baise ou l’amie. 5 ans de ça. Les gars me voient et me classent… Moi je me dévoile lentement.

ANTOINE
Ben voyons Cath. Avec toi c’est direct dans la face! T’es la première à en mettre plein la vue. Comme pour nous forcer à faire notre choix.

CATH
Tu vaux pas mieux que les autres alors. Tu comprends pas…

ANTOINE
C’est pas un reproche. Je t’aime comme ça, là.

CATH
Tu m’aimes pas. Pas le droit de me dire ce mot-là en ce moment. Pis y’a une marge entre ce que je montre et ce que je suis.

ANTOINE
Tu me croiras pas, mais je le sais, bella. T’es pas miss What-you-see-is-what-you-get comme tu vourais tant le faire penser. Tu fuis! Pis t’aurais envie qu’on s’occupe de toi mais t’as ben trop peur. De quoi au juste, je le sais pas.

CATH
La vérité c’est que je suis longue à me dévoiler pour vrai…

ANTOINE
Je sais, Cath. De quoi t’as peur?

CATH
Ce que je montre c’est moi… mais il y a un côté que je montre difficilement.

ANTOINE
Tu réponds pas à ma question. Tu fuis encore…

CATH
Faut le mériter, c’est tout.

ANTOINE
Comme un petit, trésor. J’ai bien compris que j’étais chanceux.

CATH
Tu m’as pas encore eue.

ANTOINE
Tu peux pas me le montrer ce côté-là que tu montres difficilement?

CATH
Non. Pas encore…

ANTOINE
Je veux pas te faire peur, mais je le vois, ton côté. T’es pas si mystérieuse, dans le fond.

CATH
Tu en sais rien encore…

ANTOINE a ramenée CATH sur sa poitrine. Il sait qu’elle parle plus et qu’elle se défend moins quand il ne peut pas voir son visage.

ANTOINE
Mais si tu te montres pas, comment tu veux qu’on soit amoureux de celle que tu es vraiment?

CATH
Je veux qu’on prenne le temps d’être curieux. Qu’on me découvre.

ANTOINE
Mais pour ça, faut que tu nous en donnes un peu… Si tu nous fous dans la face un de tes côtés sans nous donner un indice de ce qu’il y a en arrière, comment veux-tu qu’on pense à te découvrir?

CATH
Tout le monde a une vulnérabilité et un côté qui prend du temps à découvrir. Non, mais on peut-tu revenir au moment où on ne décidait pas qu’une personne n’était « pas aimable » en 10 minutes… On peut-tu prendre le temps de se laisser séduire?

ANTOINE
Mais c’est ce qu’on fait, non? C’est pas parce qu’un gars n’est pas attiré par toi que tout le monde prend 10 minutes pour classer les potentiels dans des petites cases définitives…

CATH
T’es pas en train de tomber amoureux, toi, hein?

ANTOINE
Tu vois? [Il la serre encore plus fort. Bisou sur la tête.] T’es une mine de contradictions. Et je t’aime pour ça. Pis oui, je vais te dire que je t’aime. Mais non, je ne suis pas amoureux de toi en ce moment. Tu m’as dit dès le départ qu’il fallait pas que je m’attache. Je ne ferai pas l’erreur, belle Cath-la-tigresse. Mais je vais te dire que je t’aime pareil. Même si tu veux pas l’entendre.

CATH pleure maintenant. En silence. Elle sait qu’ANTOINE s’en rend compte, elle a la tête sur son torse. Elle lui est reconnaissante de faire comme si de rien n’était. Il faut qu’elle dorme. Demain, elle redevient chiante, c’est promis.

J’ai marché

Texte écrit d’un jet (ou de deux jets, en fait, avec une pause ménage entre les deux…) ce soir avec Espace musique qui joue en arrière plan du blues et du jazz. Je ne relis pas, j’aurais trop peur de censurer. Ma petite Cath, le personnage principal du projet derrière ce blogue, en a long sur le cœur. Je ne sais pas de chez qui elle sort comme ça, mais ça aura été une histoire pleine de bon et de mauvais qui arrache un bout de peau quand on essaie de s’en défaire. 

J’ai marché. J’ai marché jusqu’à me perdre. Fallait que je me perde pour ne pas me retrouver chez toi. J’avais tellement envie d’être chez toi, dans tes bras. Suffit, que je me suis dit. Suffit! Ça suffit! Ressaisis-toi et avance. Avance sans savoir où tu t’en vas, ce sera toujours mieux que de retourner chez lui.

Je sais pas pourquoi la tête pis le cœur jouent ensemble quand l’amour devrait se terminer. Je sais pas pourquoi tout à coup ils se mettent du même côté alors que tout le reste du temps ils se battent dans un combat féroce. Ma tête m’emprisonne dans une pensée circulaire, elle contrôle mes gestes et va dans le sens de mon cœur. Mon foutu cœur qui bat pour toi. Encore. Ma tête actionne mon corps pour qu’il ressente tes caresses, pour qu’il voit ton sourire moqueur, pour qu’il sente ton parfum qui me rend folle, ça devrait puer, pourtant, ce mélange de bière, de sexe, de cigarette, de sueur. Mais ça me rend folle. J’ai un cœur qui se fout de la raison et ma tête s’imagine qu’il n’a pas tort. Fait chier.

Mon ventre, lui, il me dit de continuer de marcher sans m’arrêter. Aller de l’avant, que je disais. Sauf que mes souvenirs tirent fort. Je ralentis. Je vais tomber. Trébucher, buter contre mon envie. Contre ce foutu cœur qui me bat maintenant entre les jambes. J’ai le clitoris qui t’appelle. Pis j’aurais juste envie d’une nuit de colle-colle. Sans sexe, pour une fois. Une fois, juste une, où je me dis que je ne veux pas et que j’arrive à ne pas te laisser faire. J’ai le clitoris qui crie ton nom et j’essaie de me faire croire que je veux juste te coller. Que tu me prennes dans tes bras et qu’on soit bien, presque amoureux. On ne le sera pas, mais on pourrait faire semblant? Tu m’as déjà scrapée de toute manière. Un peu plus, rendus là.

Je marche.

Je marche la tête droite.

Le cœur plie. Le cœur pile poil où ça fait mal.

Le cœur qui n’aime pas. Le cœur qui rush comme pierre qui n’amasse pas mousse. Tousse, tousse.

J’ai valsé trop longtemps avec toi. J’ai tourné à me vomir les rêves d’enfants. Cela fera. Cela fera… Ouais, ouais.

J’ai laissé mon cellulaire ouvert dans mes poches pour que les gouttes de jus qui lui restaient encore s’épuisent. Comme ça, je serais certaine de pas t’envoyer un texto désespéré ou, pire, de répondre aux tiens.

Le problème quand on marche sans trop savoir où on va, c’est qu’on finit par se retrouver. On se retrouve forcément quelque part. Au cœur de soi, peut-être. Au mieux, on se retrouve là où on ne s’y attendait pas. On se retrouve là, désarmé, trop las pour penser.

Mon cellulaire mort, je n’appellerais pas non plus cet autre amant… ni lui ni lui ni lui.

Seule pour un soir. Soir à me manger l’intérieur et un peu de bouts des doigts. Des bouts de doigts qui t’auraient bien imprimé mon nom dans ton dos. Des bouts de doigts qui auraient dit À moi  sur toi. C’est mieux pas.

J’ai tourné en rond, je pense. Je me suis retournée et j’étais chez moi. J’ai marché. La tête droite, le cœur qui plie. J’ai marché jusqu’à ce que mes bas frisent au bout de mes orteils dans le fond de mes bottes. J’ai marché jusqu’à toi. Chez moi. T’étais là. En moi, partout partout en moi. Fais chier.

J’ai tout enlevé d’un coup. Mon t-shirt, mon jeans, mes sous-vêtements. Pourquoi j’ai mis les dentelles si je ne voulais pas coucher avec toi? Je n’ai pas couché avec toi. J’avais pourtant mis les dentelles… J’ai tout enlevé d’un coup et j’ai rempli le bain pour tout faire tremper. Fallait me sortir ton odeur de la vie. Ça donnait rien. Elle était en moi, ton odeur. Pas dans mon linge. Mais bon, on fait des choses, parfois, juste pour se dire qu’on les a faites. On fait des choses comme un symbole. Comme un gros McDo quand t’as faim : ça fait la job et tu gères le mal de cœur plus tard.

Une chose à la fois chère, que tu m’as dit. Ouais. Une chose à la fois. Cher. Ce soir, je me regarde dans le plate des yeux, moi pis moi en solo. Ce soir, j’arrête de croire que je vais y arriver. Ce soir, les étoiles vont se décrocher du ciel pis faner. Parce que décrocher les étoiles, ça fait un ciel noir comme dans le cul d’un ours. Comme dans l’cul d’in our’. Pis tu vois pu rien après. Tu m’as décroché une étoile, pis je voyais pu rien. Le cœur et la tête dans le cul comme dans un ciel pas d’étoiles.

J’ai pris mon bain avec mon linge. J’étais nue sous mon linge. Particulier. Mélangé les savons, aussi. Dove, Tide, Shampoing. Mon poing dans ma gueule pour pas gueuler. Pis je me suis rappelée que j’avais pas envie de gueuler. Que j’étais plus forte que tout ça. Que dans le fond, je t’avais jamais aimé, on avait juste fait semblant. Pis qu’entre toi et toi, ben on avait juste regardé toi… on n’a pas pu m’abîmer le nombril, c’est sûr.

Je suis sortie du bain. J’ai laissé l’eau s’échapper avec mes tristesses par le drain. C’est allé rejoindre la marde dans les égouts. J’ai pris ma douche. La fenêtre ouverte. Il faisait froid et chaud. Pis je fumais. Mon linge en tas dans le fond du bain. Un tapis antidérapant. J’avais tout pour foutre le camp par terre ce soir. Mais je suis pas tombée. Mon linge en tas dans le fond du bain, avec mes tristesses enroulées comme des vieux souvenirs dont on ne se rappelle plus qu’en mots, qu’en scénario bien construit dans le fond du cerveau. J’étais nue sous l’eau chaude avec le froid de dehors qui me fumait la peau. Mon chat est rentré dans la salle de bain. Elle m’a saluée et est repartie. Probablement pas envie de fumer de la tristesse avec moi. Je le comprends, le matou.

Je suis sortie de la chambre de bain. J’ai pas pris le temps de m’essuyer. J’ai pas pris le temps de quoi que ce soit. Je marchais encore juste pour marcher. Mon linge en tas, mes tristesses dedans, j’étais légère parce que vide. J’ai dansé un slow toute seule. J’ai dansé en me frenchant les souvenirs de toi. Ça m’a pu tenté ben vite. Je suis allée me coucher. C’était ce qu’il y avait de mieux à faire. Couchée. Mais j’ai pas dormi. Pas tout de suite. J’ai glissé mes doigts là où tu aurais pu le faire. J’avais pourtant mis mes dentelles. La fenêtre de ma chambre grande ouverte, on ne ferme pas les rideaux pendant le show. J’ai perdu patience. Je perds toujours patience quand je me joue après toute seule. C’est trop long quand je ne suis pas essoufflée. J’ai sorti mon vibrateur. Tu sais, celui que j’avais oublié de ranger la première fois que tu es venu chez moi? J’étais gênée, je t’avais dit OUPS! on va ranger ça. Et tu m’as dit Pas besoin! J’ai même pas compris tellement ça se pouvait pas que tu daignes me voir pour autre chose que celle que tu avais toujours connue. Y’a fallu que tu sois nu dans mon lit pis que tu m’attires contre toi pour que je comprenne que ça se pouvait bien, finalement. J’ai sorti mon vibrateur rose multifonctions et je suis venue au moins trois fois. J’ai pensé à toi, à quel point tu me faisais chier. À quel point je ne voulais plus te voir. J’ai pensé à ta bouche, à tes mains, à ta grosse queue qui me donnait mal à la mâchoire. Ouais, je me suis rappelé que tu me faisais triplement chier et je suis venue trois fois.

J’ai dormi comme jamais. Je n’ai pas dormi de la nuit. J’ai regardé les étoiles. Elles étaient bien accrochées dans le ciel, finalement. J’ai lancé mes colères une par une. J’ai lancé ma colère sans crier. Tu m’as séduite parce que j’en valais la peine. Tu m’as dit ces mots-là JE RESTE PARCE QUE T’EN VAUX VRAIMENT LA PEINE. Tu m’as dit prends ton temps. Pis tu as rencontré quelqu’un qui te fait vraiment tripper, même si je suis vraiment extraordinaire, tu sais? Ouais ouais, je sais. J’ai garnotté ça dans les étoiles pour que ça te retombe dessus. Karma is a bitch.

J’ai fini par pu penser à rien. J’ai pensé à lui pis à lui pis à lui, mais pas à toi. J’ai flatté mon chat. Pas ma chatte, j’avais donné. J’ai pensé à demain. Pis j’ai pu pensé à rien. Demain. Demain je refais le chemin entre moi et moi. En solo. Avec mes tristesses et mes colères perdues, on va ben finir par se retrouver. Moi, mon cœur, ma tête. Le ventre dans le cul d’un ours. Pu d’étoile pour compter mes nuits blanches. Demain…

Responsabilité 1

Le petit Prince l’a dit: on est responsable de ceux qu’on apprivoise.

Je ne suis pas simple à apprivoiser, même si j’en ai l’air. Mes miettes de cœur rafistolées ne s’offrent pas à n’importe qui. Or voilà la question que je me pose: les gens à qui j’ai ouvert mon cœur en sont-ils responsables pour autant?

J’ai du mal à placer les idées dans ma tête. Je n’arrive pas encore à en faire un texte qui se suit. J’ai des bouts d’extraits, de dialogues, de scènes que Cath pourrait bien vivre, mais rien qui arrive à montrer tous les questionnements que j’ai à ce sujet.

Je me suis sur-responsabilisée trop souvent, pour ne pas dire depuis toujours et tout le temps. Je me préoccupe trop de «comment l’autre vivra-t-il ce que je lui mets entre les mains», de «est-ce que cette personne va s’effriter si je coupe les ponts», de ce qui est bien pour les gens qui m’entourent. Si je romps avec quelqu’un, je reste disponible pour répondre à ses questions, je garde un lien quand même, une gentillesse ou une tendresse. J’ai rarement fermé complètement une porte. Je suis la plus part du temps à une prise de conscience et des excuses d’une réconciliation.

On me trouve peut-être un peu facile ou bonasse, je me sens plutôt loyale, responsable et mature. Chacun ses perceptions.

Mes questionnements viennent du fait qu’on ne me rend pas la pareille. On me promet une souplesse, une finesse de l’amitié, qui se fracasse au moindre faux pas. Et on n’est plus là pour me ramasser quand on m’a brisée. Et je me dis, c’est sûrement moi qui en demande trop encore. On ne peut pas exiger d’une personne qui ne nous aime plus qu’elle nous soutienne le temps qu’on se relève. Bien sûr.

Mais alors, jusqu’où va notre responsabilité envers l’autre. A-t-on le droit, par exemple, de prendre ce dont on a besoin chez une personne et de la laisser, vidée, après usage?

A-t-on le droit de séduire un amant, de séduire pour vrai, avec les yeux doux et les discussions sur notre désir d’enfant, sur nos qualités d’amoureux, pour finalement ne vouloir qu’une baise d’un soir ou de quelques mois? La fraude est punie par la loi, pourquoi les fausses promesses ne le sont-elles pas? Elles causent tellement de ravages.

Pourquoi est-il illégal de frapper une personne, mais ne l’est-il pas de pulvériser un cœur?

Et tous ces gens qui s’entichent sans qu’on ne l’ait vu venir, sommes-nous responsables de ne pas les anéantir en leur disant non?

Des fois je me demande, jusqu’où notre loyauté et notre responsabilité envers nos semblables vont-elles et jusqu’où devraient-elles aller… Toute réponse est la bienvenue.