Abus acceptable 1

Texte écrit le 29 juillet 2010 (Note du 16 février 2012: cette scène pourrait suivre une réflexion sur les abus acceptables. Comme elle a réfléchi sur la question, elle est plus à vif et réagit plus promptement.)

Elle arrive chez lui (quelle relation? Maxime? À définir). Il la prend dans ses bras et l’embrasse comme si sa vie en dépendait. 

— Viens, suis-moi, on va dans ma chambre.
— Non, pas tout de suite.
— Allez, viens… [Il se déplace vers la chambre en la tirant par le bras.]
— Non. [Elle reprend son bras]
— Allez! [Ton « entendu » comme s’il était convenu qu’elle allait suivre. Il marche vers sa chambre en la regardant par-dessus son épaule, petit geste de tête pour l’inviter à le suivre.]
— Je t’avertis, si tu vas dans ta chambre, je pars. J’ai dit non. Tu comprends-tu ça, toi. non?
— Des menaces? Tu le sais que je ne marche pas aux menaces.
— Et moi, je ne marche plus à l’obligation. Pis c’est pas des menaces, c’est un avertissement. Si tu m’obliges encore à faire quelque chose que je ne veux pas faire, je pars.
— Je veux pas t’obliger à faire quelque chose que tu veux pas faire. T’en as autant envie que moi, tu le sais. Envoye donc! On va se coller. Juste ça.
— Menteur de manipulateur de gros crosseur à marde.
— Wô! Relaxe!
— Tu penses-tu que je l’sais pas ce que t’as en tête? « On va se coller, juste ça.» Come on! Tu dis ça à chaque fois et à chaque fois je finis avec ta queue dans ma bouche. Ben à soir, je dis non. Ça va faire les abus.
— Les abus? T’as toujours été consentante. Je n’ai jamais abusé de toi. Tu vas trop loin, Cath.
— Ah oui? As-tu déjà pris le temps de me demander ce dont j’avais envie? As-tu déjà écouté quand j’ai dit non? Tout ce que tu fais c’est essayer de me convaincre. De forcer. T’as-tu vu ta shape? Sérieux, j’ai quoi comme chance de me déprendre si tu décides que c’est oui? Pis tu le sais très bien que j’ai une peur mortelle de te décevoir. Que je peux pas me permettre de te décevoir… Tu te sers de tout ça. En es-tu un peu conscient, au moins?

Silence. Le gars tombe des nues. Il hésite, ne sachant pas par quel bout prendre cette accusation.

— Tu… tu ne me désires pas? Tu… tu m’as menti, alors? Tu m’as «turné on» plein de fois. Tu m’as écrit des courriels dirty, tu m’as appelé pour me dire que tu te touchais en pensant à moi… J’ai pas rêvé tout ça? C’était juste parce que t’avais peur de moi?

Elle baisse la tête. Hoche droite, gauche.

— Non. C’est pas ça. Pas juste ça. C’est allé trop loin…
— La discussion ou nous deux?
— La discussion.
— Dans le genre «je pense pas ce que j’ai dit» ou dans le genre «j’aurais pas dû te dire ce que je pense»?
— Plus dans le genre «c’est sorti tout croche».
— Redis-moi donc ça drette, voir c’que ça donne?
— On peut-tu s’asseoir?
— J’ai juste mon lit. J’ai pas de divan.
— T’as deux chaises, ça va faire l’affaire. Je préfère ça à ton lit. J’ai besoin d’un verre.
— Un petit rhum, ça va nous être ben utile, je pense.
— Avec du jus de raisin, quand même…

Il se retourne vers la cuisine, petit sourire en coin: elle a trouvé un moyen d’être mignonne même dans une discussion hors-contrôle bourré de toute sa névrose. Elle s’installe à la table et tire la deuxième chaise vers elle.

Il revient avec les verres. Les dépose. S’assoit. Il prend les mains de Cath. Embrasse les paumes. Baisse la tête, honteux, inquiet et curieux. Soupire.

— Go. Vas-y. Shoot.

 

Ouverture

Une enfant, 3 ou 4 ans tout au plus. Elle est assise sur les genoux de son grand-père. Des cheveux bouclés dorés, le visage coquin, mais angélique. Elle est en paix, souriante, protégée par l’homme de sa vie. Elle le défie, son grand-père, qui s’en amuse bien. Il est en train de lui expliquer comment le monde fonctionne. Il termine : « Mais toi, tu sais tout ça. T’es pas vraiment une enfant, hein? Ne laisse jamais personne te marcher sur les pieds ou te dire que tu ne sais pas. Tu sais. Ne laisse personne te dire que tu as mauvais caractère. Tu as DU caractère et c’est très bien. En tout cas, toi, tu vas en briser des cœurs. »

Une femme au téléphone:

– Il vient de me crisser là. Je suis nulle. Je me sens petite, stupide et inutile. Je sers à rien. Et je comprends pas pourquoi personne m’aime. Je suis pas conne, pas laide, pas plate. Qu’est-ce que j’ai qui cloche? Je suis un peu folle, OK. J’ai DU caractère, OK. Mais j’en connais des pires qui réussissent à avoir des chums, elles. Pis de toute façon, je pense que je l’aimais même pas.