Ce que Cath n’est pas

J’ai reçu beaucoup de commentaires sur Cath. Oui, oui, elle est rude, dure, malgré tout attachante. Bien sûr, elle a un problème de personnalité, probablement trouble de personnalité limite ou borderline. Oui, elle agit comme une poule pas de tête, parfois. Oui, elle dit tout ce qui lui passe par la tête sans mettre de gants blancs.

Mais Cath n’est pas une insensible. Elle n’est pas qu’un trouble de la personnalité. Elle n’est pas qu’une grande méchante qui frappe là où ça fait mal.

Cath est une grande blessée. Elle frappe quand on lui fait mal… là où ça fait mal. Et elle se défend avec ce qu’elle a: sa sensibilité à fleur de peau. Elle réagit quand on met le doigt dans sa plaie, qu’elle laisse guérir à l’air libre, prêtant le flanc à tout le monde, ne se protégeant pas comme elle le devrait. Elle a une plaie béante et laisse quiconque s’approche jouer dedans. C’est sa fragilité, sa vulnérabilité. Elle tente de cacher que ça la dérange. Elle tente de faire croire que sa plaie n’est pas si importante. Mais c’est une brûlure au 3e degré et ça chauffe tout le temps, même quand elle arrive à ne pas y penser.

Ces derniers temps, mes mots ne sortent pas comme je l’aimerais. Ils restent coincés dans le bout de mes doigts. Quand ils franchissent la barrière des touches du clavier ou du crayon sur le papier, ils me semblent fades. Ce que j’écris est banal. Alors j’utilise mon temps à penser Catherine. Oups! Cath! Je pense à Cath et au mur qui l’attend. Je sais qu’elle devra frapper son mur pour aller de l’avant. On doit tous le faire.

Je pense aussi beaucoup à ce qui l’a menée là. Elle a souffert. Elle a vécu tant de rejets. Elle n’a pas été importante comme elle en aurait eu besoin. Ou alors a-t-elle toujours été la plus importante jusqu’à ce que ce titre lui soit ravi et qu’elle doivent apprendre à venir deuxième? Je me dis que Cath a dû vivre d’un peu des deux et apprendre à vivre avec ce sentiment de déchéance. Elle se sent déchue de son titre, notre Cath. Ma Cath… C’est un personnage que j’aurais envie de tenir dans mes bras pour la rassurer. Elle est importante pour moi. Par quoi vais-je devoir la faire passer?

On m’a aussi dit récemment que ce texte était de l’auto-fiction. J’ai toujours détesté ce terme. Bien sûr qu’il y a une part de moi dans cette histoire. Mais je me retrouve autant dans Cath que dans chacun de ses amants. Et quel roman ne contient pas une part de l’auteur? Mon histoire part d’une quête qui était la mienne, mais ce que fait Cath dépasse de loin mon histoire personnelle. Il y a moi et il y a Cath. Deux personnages distincts.

Dans mes réflexions, je me suis rendue compte que Cath s’est perdue en chemin. Elle aurait voulu comprendre l’amour, mais s’est perdu en érotisme. Elle a fini par chercher l’amour parmi ses amants. Cath sait bien qu’elle ne trouvera pas là. Mais elle s’est perdue et ne sait plus comment rebrousser chemin. Je suis comme elle, perdue. Je l’ai menée là et je ne sais plus comment raconter ce qu’elle était au départ. Sa naïveté, sa pudeur, sa candeur. Elle était presque pure avant tout ça. Avant de se lancer dans des aventures d’amants et de vouloir agrandir sa zone de confiance et augmenter son expérience sexuelle. Elle en a eu besoin, maintenant, il lui faut se recentrer. Il me faut me recentrer pour écrire l’avant et l’après.

Ma Cath n’est pas une auto-fiction. Mais sa quête est un exutoire pour moi, je ne m’en cache pas. Comment me recentrer pour retrouver le fil de son histoire, c’est aussi me demander comment me recentrer pour retrouver ma route à moi en même temps que le plaisir d’écrire et l’inspiration pour continuer de nourrir mon personnage.

L’écriture et ses quêtes. Parce que Cath n’est pas une facette de moi. Parce que je ne dois pas la laisser tomber. Parce que Cath n’est pas un projet que je vais abandonner.