Je ne sais pas aimer

Cath a reçu un diagnostic de trouble de la personnalité limite (j’écrirai cette scène plus tard). Elle apprend à jongler avec ce diagnostic qu’elle ne comprend pas, qu’elle n’assimile pas. En même temps, ce que le médecin lui a expliqué réveille des sentiments connus en elle. Évidemment, comme elle se place toujours dans des relations qui ne peuvent pas lui donner ce dont elle a besoin, les inconforts s’accumulent. Je suis en train de l’acculer au pied du mur. Elle n’aura plus le choix de changer. Elle a couru trop longtemps pour ne pas tomber. J’aimerais serrer Cath dans mes bras, parfois. Ce soir, je le fais. Comme d’habitude, ce texte est un premier jet. Il faudra le peaufiner…

Je pleure.

Je m’enfonce et je pleure.

Des vérités qui me sont forcées en bouche. On me fait dire des choses. On m’impose des perceptions de moi qui ne me vont pas.

Je me découvre dans l’œil de l’autre et je pleure. On m’enfonce. Je croule sous les regards mauvais. Aimant, peut-être, mais mauvais.

Je n’arrive pas à être aimée. À être aimée en premier. À être la plus importante dans la vie de quelqu’un.

Je n’arrive pas à aimer. Je mets les autres en premier. Je les rends importants, ils les plus importants dans ma vie.

On m’a dit que je devais arrêter d’être forte tout le temps, que je devais accepter et montrer ma vulnérabilité.

Je l’ai fait.

On m’a dit que je devais arrêter de prêter le flanc. De mettre ma fragilité entre les mains des gens. Parce que les gens sont comme ça. Tu leur donne un cœur qui bat, ils l’écrasent juste pour voir.

Je ne sais plus comment faire.

Je ne sais pas comment être aimable.

On me dit que j’ai un trouble de la personnalité. Je ne veux pas. Je ne veux pas être vue comme ça. Je me fâche. En douceur pour ne pas donner raison.

Je suis blessée. Triste. J’essaie de me reconstruire. Je n’arrive plus à me définir. Évidemment que je suis attentive à ce qu’on dit à mon sujet. Au regard des autres. Comment faire autrement quand on a perdu nos repères?

On me demande d’être une femme en contrôle, qui sait où elle s’en va. Je le suis, même si mon chemin est encore incertain. J’y vais, même si je ne sais pas comment me rendre. Je suis en mouvement. Toujours en mouvement.

On m’a aimée. Je le sais. Mais je n’ai pas aimé en retour. Difficile de constater que c’est moi qui ai tort. Difficile d’avouer que je le sais.

Je m’attache. Je voudrais être de pierre et n’éprouver rien pour les gens. Mais j’aime les gens. Je les aime tellement. Tous. Je finis souvent même par aimer mes ennemis. Alors je ne peux plus leur en vouloir parce que j’ai compris. J’ai compris comme ils peuvent penser. Comme ils peuvent avoir agi avec les moyens du bord. J’agis souvent avec les moyens du bord.

Il y a un torrent de colère qui déferle en moi. Je hais les gens qui font mal parce qu’ils le peuvent. Les gens qui abusent des poupées de porcelaine parce qu’ils sont forts, parce qu’elles sont douces et fragiles. On devrait prendre soin des poupées de porcelaine, même quand elles sont des épines et qu’elles se débattent, une agitation digne de l’exorcisme.

Je me débats. Je me débats parce que j’ai mal et que je ne sais plus quoi faire pour être aimée. J’ai essayé ce que tout le monde fait: aimer par le cul, être sexy, être cochonne, dépasser mes limites. J’ai essayé de faire ma « hard to get ». Rien de ça ne me semble honnête, vrai. On me dit que je dois jouer pour gagner à la séduction. Je n’ai jamais aimé me déguiser. Et comment me faire respecter quand mes colères sont un symptôme de mon trouble de la personnalité et non un comportement normal quand on m’a blessée ou qu’on va trop loin?

Je voudrais qu’on prenne soin de moi, mais on m’a dit que ce n’était pas sexy. Alors je joue les fortes et je flanche au premier regard de travers. Je flanche, je crie et je pleure.

Je pleure.

Je ne sais pas aimer.

Ce que Cath n’est pas

J’ai reçu beaucoup de commentaires sur Cath. Oui, oui, elle est rude, dure, malgré tout attachante. Bien sûr, elle a un problème de personnalité, probablement trouble de personnalité limite ou borderline. Oui, elle agit comme une poule pas de tête, parfois. Oui, elle dit tout ce qui lui passe par la tête sans mettre de gants blancs.

Mais Cath n’est pas une insensible. Elle n’est pas qu’un trouble de la personnalité. Elle n’est pas qu’une grande méchante qui frappe là où ça fait mal.

Cath est une grande blessée. Elle frappe quand on lui fait mal… là où ça fait mal. Et elle se défend avec ce qu’elle a: sa sensibilité à fleur de peau. Elle réagit quand on met le doigt dans sa plaie, qu’elle laisse guérir à l’air libre, prêtant le flanc à tout le monde, ne se protégeant pas comme elle le devrait. Elle a une plaie béante et laisse quiconque s’approche jouer dedans. C’est sa fragilité, sa vulnérabilité. Elle tente de cacher que ça la dérange. Elle tente de faire croire que sa plaie n’est pas si importante. Mais c’est une brûlure au 3e degré et ça chauffe tout le temps, même quand elle arrive à ne pas y penser.

Ces derniers temps, mes mots ne sortent pas comme je l’aimerais. Ils restent coincés dans le bout de mes doigts. Quand ils franchissent la barrière des touches du clavier ou du crayon sur le papier, ils me semblent fades. Ce que j’écris est banal. Alors j’utilise mon temps à penser Catherine. Oups! Cath! Je pense à Cath et au mur qui l’attend. Je sais qu’elle devra frapper son mur pour aller de l’avant. On doit tous le faire.

Je pense aussi beaucoup à ce qui l’a menée là. Elle a souffert. Elle a vécu tant de rejets. Elle n’a pas été importante comme elle en aurait eu besoin. Ou alors a-t-elle toujours été la plus importante jusqu’à ce que ce titre lui soit ravi et qu’elle doivent apprendre à venir deuxième? Je me dis que Cath a dû vivre d’un peu des deux et apprendre à vivre avec ce sentiment de déchéance. Elle se sent déchue de son titre, notre Cath. Ma Cath… C’est un personnage que j’aurais envie de tenir dans mes bras pour la rassurer. Elle est importante pour moi. Par quoi vais-je devoir la faire passer?

On m’a aussi dit récemment que ce texte était de l’auto-fiction. J’ai toujours détesté ce terme. Bien sûr qu’il y a une part de moi dans cette histoire. Mais je me retrouve autant dans Cath que dans chacun de ses amants. Et quel roman ne contient pas une part de l’auteur? Mon histoire part d’une quête qui était la mienne, mais ce que fait Cath dépasse de loin mon histoire personnelle. Il y a moi et il y a Cath. Deux personnages distincts.

Dans mes réflexions, je me suis rendue compte que Cath s’est perdue en chemin. Elle aurait voulu comprendre l’amour, mais s’est perdu en érotisme. Elle a fini par chercher l’amour parmi ses amants. Cath sait bien qu’elle ne trouvera pas là. Mais elle s’est perdue et ne sait plus comment rebrousser chemin. Je suis comme elle, perdue. Je l’ai menée là et je ne sais plus comment raconter ce qu’elle était au départ. Sa naïveté, sa pudeur, sa candeur. Elle était presque pure avant tout ça. Avant de se lancer dans des aventures d’amants et de vouloir agrandir sa zone de confiance et augmenter son expérience sexuelle. Elle en a eu besoin, maintenant, il lui faut se recentrer. Il me faut me recentrer pour écrire l’avant et l’après.

Ma Cath n’est pas une auto-fiction. Mais sa quête est un exutoire pour moi, je ne m’en cache pas. Comment me recentrer pour retrouver le fil de son histoire, c’est aussi me demander comment me recentrer pour retrouver ma route à moi en même temps que le plaisir d’écrire et l’inspiration pour continuer de nourrir mon personnage.

L’écriture et ses quêtes. Parce que Cath n’est pas une facette de moi. Parce que je ne dois pas la laisser tomber. Parce que Cath n’est pas un projet que je vais abandonner.